Intelligence artificielle en Afrique : elle sera panafricaine ou ne sera pas

L’intelligence artificielle connaît une explosion mondiale, portée par une hausse spectaculaire des investissements. Selon des estimations relayées par Sidi Mohamed Kagnassi, homme d’affaires et administrateur de plusieurs sociétés en Afrique de l’Ouest, les avancées de l’IA pourraient créer plus d’un million de nouveaux emplois en Afrique du Sud dans les prochaines années. Transposée à l’échelle du continent, cette dynamique ouvre une fenêtre d’opportunité historique pour l’Afrique.

Mais pour saisir pleinement cette chance, une conviction forte se dégage : l’intelligence artificielle en Afrique devra être panafricaine ou ne sera pas. Autrement dit, sans vision commune, coopération interétatique et écosystèmes coordonnés, le potentiel restera fragmenté. À l’inverse, une approche réellement panafricaine peut transformer l’IA en moteur de croissance inclusive, de compétitivité et de souveraineté technologique.

Une croissance mondiale de l’IA qui commence à se matérialiser en Afrique

Au niveau mondial, les investissements dans l’IA ont connu une croissance fulgurante, avec une hausse de l’ordre de +81 % sur une période récente. Cette accélération ne se limite plus aux États-Unis, à l’Europe ou à l’Asie : elle se fait désormais sentir en Afrique, où des entreprises, des gouvernements et des chercheurs s’emparent du sujet.

Un rapport de McKinsey cité par Sidi Mohamed Kagnassi souligne qu’en Afrique du Sud, plus d’un million d’emplois pourraient être créés grâce à l’IA dans les années à venir. Ce chiffre illustre la puissance transformatrice de ces technologies lorsqu’elles sont intégrées aux secteurs productifs : services financiers, industrie, santé, agriculture, logistique, administration publique, etc.

Cependant, pour que cette dynamique devienne un levier de développement à l’échelle continentale, trois conditions apparaissent centrales :

  • des infrastructures numériques robustes;
  • une jeunesse formée et accompagnée;
  • une coopération panafricaine ambitieuse pour financer, mutualiser les compétences et bâtir des écosystèmes durables.

Pourquoi l’IA africaine doit être panafricaine

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, la formule est claire : « en Afrique, l’intelligence artificielle sera panafricaine ou ne sera pas ». Cette position traduit une réalité économique et géopolitique : aucun pays africain, pris isolément, ne dispose de toutes les ressources nécessaires pour rivaliser durablement avec les grandes puissances de l’IA.

Une stratégie strictement nationale conduirait à :

  • des investissements fragmentés, parfois redondants, rarement à l’échelle critique nécessaire ;
  • une concurrence interne inutile entre pays, au détriment de la coopération ;
  • une vulnérabilité accrue face aux géants technologiques étrangers, mieux organisés et mieux financés.

À l’inverse, une approche panafricaine de l’IA permet de :

  • mutualiser les investissements dans les infrastructures, la recherche et les formations spécialisées ;
  • harmoniser les cadres réglementaires et faciliter la circulation des données, des talents et des solutions ;
  • renforcer la souveraineté numérique du continent en pesant davantage dans les négociations internationales ;
  • créer des marchés régionaux suffisamment vastes pour soutenir des champions africains de l’IA ;
  • accélérer la diffusion des innovations d’un pays à l’autre, au bénéfice des entrepreneurs et des citoyens.

Trois piliers pour réussir : infrastructures, talents, coopération

La construction d’un futur de l’IA robuste et inclusif en Afrique repose sur trois piliers indissociables.

1. Des infrastructures numériques au cœur de la compétitivité

Pour Sidi Mohamed Kagnassi, les infrastructures numériques deviennent aussi cruciales que les routes, les ponts ou les ports. Sans connectivité fiable, sans centres de données, sans capacités de calcul accessibles, il est impossible de déployer des solutions d’IA à grande échelle.

Certains pays comme l’Afrique du Sud ont déjà pris une longueur d’avance, avec un nombre significatif d’entreprises utilisant l’IA dans leurs opérations. Mais le reste du continent doit suivre ce mouvement et investir dans :

  • des réseaux haut débit pour garantir un accès stable aux services numériques ;
  • des infrastructures de stockage et de traitement des données;
  • des plateformes cloud régionales pour réduire les coûts d’accès aux technologies avancées ;
  • des environnements sécurisés pour protéger les données et renforcer la confiance des citoyens et des entreprises.

Ces investissements ne profitent pas qu’à l’IA : ils améliorent l’ensemble de l’économie numérique, de l’e-commerce à la e-santé, en passant par l’éducation en ligne et les services financiers digitaux.

2. La jeunesse africaine, plus grand atout du continent

Avec environ 200 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans aujourd’hui, et plus de 50 % de la population africaine qui devrait avoir moins de 25 ans d’ici 2050, le continent dispose de l’un des plus grands réservoirs de talents jeunes au monde.

La Banque africaine de développement estime que 10 à 12 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail, pour environ 3 millions d’emplois formels disponibles seulement. Cet écart représente un défi social majeur, mais aussi une formidable opportunité si l’IA devient un moteur de création d’emplois et d’innovations.

Pour transformer ce potentiel démographique en avantage compétitif, la clé réside dans la formation:

  • développer des formations diplômantes en intelligence artificielle, data science et robotique;
  • intégrer des modules de culture numérique dès le secondaire et dans l’enseignement technique ;
  • encourager les programmes de reconversion et de formation continue pour les travailleurs en poste ;
  • soutenir des communautés de développeurs et de chercheurs sur tout le continent.

En développant sa propre expertise, l’Afrique ne se contente pas d’adopter des solutions importées : elle peut concevoir des technologies adaptées à ses réalités, à ses langues, à ses secteurs clés (agriculture, énergie, mobilité, santé communautaire, etc.) et devenir un véritable pôle mondial d’innovation.

3. Une coopération interétatique pour financer et structurer l’écosystème

Enfin, aucune stratégie IA ambitieuse ne peut réussir sans une coopération renforcée entre États africains. Sidi Mohamed Kagnassi insiste sur l’importance de créer des synergies africaines pour :

  • augmenter les capacités de financement de projets d’IA à fort impact ;
  • partager les compétences techniques et les bonnes pratiques ;
  • co-construire des infrastructures durables (centres de recherche, hubs d’innovation, data centers, laboratoires d’expérimentation) ;
  • prévenir la fuite des talents, déjà observée dans des secteurs comme la santé.

Cette coopération ne concerne pas seulement les gouvernements. Elle implique également :

  • les entreprises privées, grandes comme petites ;
  • les universités et centres de recherche;
  • la société civile, qui joue un rôle clé dans la sensibilisation et la régulation sociale de ces technologies.

Pays moteurs et écosystèmes émergents de l’IA en Afrique

Sur le continent, plusieurs pays se démarquent déjà par leurs investissements et leurs initiatives en intelligence artificielle. Sans parler encore de « champions » établis, on observe des pôles dynamiques qui peuvent tirer l’ensemble de l’Afrique vers le haut.

PaysRôle et dynamique dans l’IA
Afrique du SudNombre important d’entreprises recourant à l’IA ; fort potentiel de création d’emplois selon McKinsey.
KenyaPionnier de l’innovation numérique ; se positionne comme acteur de référence sur les sujets IA.
NigériaÉcosystème technologique en croissance ; montée en puissance des startups et solutions fondées sur les données.
ÉgypteInvestissements croissants dans l’IA ; soutien public à la transformation numérique.
MauriceStratégie numérique affirmée ; volonté de devenir une place forte régionale des services technologiques.
TunisieDéveloppement rapide des compétences numériques ; structuration progressive de l’écosystème IA.

Ces pays illustrent la diversité des trajectoires possibles : certains s’appuient sur un secteur privé déjà mature, d’autres misent sur la formation, d’autres encore sur des politiques publiques volontaristes. Leur point commun : la conscience que l’IA est un levier stratégique pour la croissance, l’emploi et la compétitivité internationale.

Un exemple particulièrement prometteur est l’ouverture du Centre africain de recherche sur l’intelligence artificielle en République du Congo. Ce type d’initiative régionale contribue à :

  • structurer la recherche appliquée autour des besoins africains ;
  • accueillir et retenir des chercheurs talentueux;
  • favoriser des projets collaboratifs entre pays et institutions ;
  • donner une visibilité internationale à l’expertise africaine.

IA : un levier stratégique pour les entrepreneurs africains

Au-delà des États, l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle façon de faire du business sur le continent. Pour les entrepreneurs et dirigeants, Sidi Mohamed Kagnassi recommande de considérer l’IA non pas comme une fin en soi, mais comme un outil stratégique au service de la performance.

Concrètement, l’IA peut transformer plusieurs dimensions clés de l’entreprise :

1. Améliorer la relation client

  • Automatisation des interactions simples via des chatbots ou assistants virtuels ;
  • personnalisation des offres en fonction des comportements et préférences des clients ;
  • analyse des retours clients pour détecter rapidement les irritants et opportunités d’amélioration.

Des solutions spécialisées de gestion de la relation client, utilisant l’IA pour optimiser les encaissements, relances et prévisions de paiements, illustrent cette nouvelle génération d’outils.

2. Booster le marketing et les ventes

  • Optimisation des campagnes marketing (contenus plus pertinents, meilleurs taux d’ouverture et de conversion) ;
  • segmentation avancée des audiences pour des messages mieux ciblés ;
  • anticipation de la demande pour adapter l’offre et les stocks.

Des plateformes d’IA sont déjà capables de générer, tester et optimiser automatiquement des messages marketing, ce qui permet aux équipes locales de gagner du temps et d’augmenter leur impact.

3. Gagner en productivité au quotidien

  • Transcription automatique des réunions et extraction des actions à mener ;
  • automatisation des tâches répétitives (saisie, rapprochement de données, reporting simple) ;
  • assistance à la rédaction de documents, propositions commerciales ou procédures internes.

Les outils d’IA de productivité permettent de recentrer les équipes sur des tâches à forte valeur ajoutée, en réduisant le temps passé sur l’administratif.

4. Renforcer la prise de décision

L’un des atouts majeurs de l’IA pour les entrepreneurs réside dans sa capacité à analyser de grands volumes de données et à fournir des informations concrètes pour orienter les décisions. Elle peut aider à :

  • analyser les tendances de marché pour choisir les bons segments et timings ;
  • identifier de nouvelles opportunités d’affaires;
  • évaluer les risques liés à un investissement, un nouveau produit ou un partenariat ;
  • simuler différents scénarios pour éclairer les choix stratégiques.

Pour un entrepreneur qui se lance, ce « copilote data » peut faire la différence entre une décision intuitive isolée et une stratégie fondée sur des signaux robustes.

Construire un écosystème durable : startups et chercheurs au centre du jeu

Pour que l’IA devienne un moteur durable de développement, il est indispensable que les bénéfices de cette nouvelle vague technologique irriguent tout l’écosystème:

  • les startups en amorçage, qui portent des solutions innovantes ;
  • les chercheurs et laboratoires, qui explorent de nouveaux modèles et applications ;
  • les grandes entreprises, capables de déployer l’IA à grande échelle ;
  • les pouvoirs publics, qui définissent les cadres et soutiennent les infrastructures.

Sidi Mohamed Kagnassi met en garde contre un risque déjà visible dans certains secteurs comme la santé : la perte de talents, attirés par de meilleures conditions de travail à l’étranger. Pour l’éviter, il est essentiel de :

  • créer des opportunités attractives pour les experts IA sur le continent (postes de recherche, postes en entreprise, projets structurants) ;
  • financer des programmes de recherche appliquée ancrés dans les réalités africaines ;
  • soutenir des programmes d’incubation et d’accélération dédiés aux startups IA ;
  • développer des réseaux panafricains de talents, facilitant les collaborations entre pays.

Recommandations concrètes pour les décideurs publics africains

Pour les gouvernements et institutions, transformer le potentiel de l’IA en résultats tangibles passe par des choix clairs. Parmi les orientations structurantes :

  1. Inscrire l’IA dans les stratégies nationales et régionales de développement, avec des objectifs mesurables (emploi, productivité, innovation, inclusion) ;
  2. Investir massivement dans les infrastructures numériques et encourager les partenariats public-privé pour accélérer leur déploiement ;
  3. Réformer les systèmes éducatifs pour y intégrer des compétences numériques, statistiques et de programmation dès le plus jeune âge ;
  4. Soutenir la recherche et l’innovation par des fonds dédiés, des appels à projets et des partenariats avec le secteur privé ;
  5. Mettre en place des cadres éthiques et réglementaires pour protéger les droits des citoyens, tout en facilitant l’expérimentation responsable ;
  6. Favoriser la coopération régionale en participant activement à des centres et programmes panafricains dédiés à l’IA.

Que peuvent faire les entrepreneurs dès aujourd’hui ?

Pour les entrepreneurs et dirigeants africains, l’enjeu est de ne pas attendre une « maturité parfaite » de l’écosystème pour agir. Plusieurs actions peuvent être engagées dès maintenant :

  • Cartographier les cas d’usage IA prioritaires dans leur activité (service client, marketing, logistique, finance, production) ;
  • tester des solutions existantes sur des périmètres limités pour en mesurer le retour sur investissement ;
  • former les équipes aux fondamentaux de l’IA et à la culture des données ;
  • collaborer avec des startups, universités ou hubs d’innovation locaux ou régionaux ;
  • intégrer l’IA dans la réflexion stratégique de l’entreprise, plutôt que comme un simple gadget technologique.

En avançant pas à pas, les entreprises construisent leur propre maturité, tout en alimentant la demande locale d’expertise et de solutions IA. C’est ainsi que se créent, concrètement, des marchés intérieurs solides, capables d’attirer des investissements et de faire émerger des champions africains.

Vers un leadership africain dans l’intelligence artificielle

L’Afrique se trouve à un moment charnière. D’un côté, le continent fait face à des défis réels : infrastructures incomplètes, écarts de compétences, fragmentation des marchés, fuite des talents. De l’autre, il dispose d’atouts uniques : jeunesse nombreuse et motivée, besoins immenses dans des secteurs clés, créativité entrepreneuriale et montée en puissance d’États moteurs.

Si ces forces sont coordonnées dans une vision commune, l’IA peut devenir bien plus qu’une technologie d’importation : elle peut être le socle d’un nouveau modèle de développement panafricain, créateur d’emplois, de valeur et de solutions adaptées aux réalités locales.

En définitive, le message porté par Sidi Mohamed Kagnassi est autant un avertissement qu’un appel à l’action : l’intelligence artificielle en Afrique sera panafricaine ou ne sera pas. Aux gouvernements, aux entrepreneurs, aux investisseurs et aux chercheurs de transformer cette conviction en stratégies, en projets et en réussites concrètes, au bénéfice de tout le continent.

Latest content