SITE-PILOTE: LE GLACIER DE TACONNAZ (HAUTE SAVOIE)

Résultats du project » SITE-PILOTE: LE GLACIER DE TACONNAZ (HAUTE SAVOIE)

  • Croisement de données géomorphologiques (épaisseur du till) et des valeurs de pente déduites du MNT pour construire une carte d’aptitude à la génération de laves de débris dans la marge proglaciaire du glacier de l’Epena (massif de la Vanoise, France).
    Croisement de données géomorphologiques (épaisseur du till) et des valeurs de pente déduites du MNT pour construire une carte d’aptitude à la génération de laves de débris dans la marge proglaciaire du glacier de l’Epena (massif de la Vanoise, France).

La chute de glace de Taconnaz est susceptible de provoquer des ruptures de séracs très importantes qui peuvent déclencher, en hiver, des avalanches de neige et de glace lorsque le  manteau de neige est instable. L’objectif de cette étude était de caractériser la fréquence des ruptures de séracs et leurs volume et de déterminer le régime thermique du glacier, qui en conditionne l’écoulement et la stabilité.

L’analyse des ruptures de séracs a été effectuée via une instrumentation photogrammétrique automatique, qui a été mise en place à proximité du refuge des Cosmiques et qui a permis de mesurer l’évolution géométrique de la zone de séracs à intervalle régulier d’environ 15 jours. Les fluctuations de longueur et d’épaisseur des séracs ont été calculées à partir de ces restitutions. Ces variations de géométrie ont permis d’estimer les volumes de glace issus des ruptures de cette zone de séracs. L’étude montre que, suite à une rupture et un retrait, le front de séracs avance progressivement jusqu’à atteindre une limite qu’il ne peut dépasser. Les chutes de séracs les plus massives se produisent lorsque le front du sérac atteint cette limite. C’est une condition nécessaire mais non suffisante : au cours de quelques évènements, le front du sérac peut se désagréger en plusieurs morceaux sans toutefois déclencher de ruptures  importantes. Les variations d’épaisseur, calculées sur des profils longitudinaux, ont permis de calculer les variations de volume. La courbe des fluctuations de volume est assez similaire à celle des fluctuations de longueur.

Cette étude photogrammétrique a permis de montrer que le suivi géométrique de cette zone de séracs permet d’estimer la date à laquelle le sérac atteint la limite au-delà de laquelle il ne  peut plus se développer. A partir de cette limite, une rupture massive est possible, mais pas obligatoire. Dans cette configuration, le sérac peut se désagréger par morceaux. Dans d’autres  cas, le volume issu de la rupture peut dépasser 250.000 m3. Le suivi des variations géométriques constitue donc un bon indicateur pour prédire le seuil à partir duquel une rupture massive  peut se produire bien que le comportement de la chute de séracs ne soit pas dicté uniquement par ces variations de géométrie.

Malgré ces résultats pertinents, la méthode photogrammétrique présente des inconvénients liés aux conditions météorologiques et aux lourds moyens mis en oeuvre pour la maintenance in situ et les restitutions. Pour pallier à ces inconvénients, un nouveau protocole de mesures devra être imaginé dans le futur. Les instruments LiDAR terrestres ont fait des progrès considérables au cours de ces dernières années, en particulier en ce qui concerne leurs portées. Leur précision est centimétrique, bien meilleure que la précision photogrammétrique à des distances de plusieurs kilomètres.

Le deuxième volet de l’étude concernait le régime thermique du glacier, qui en conditionne la dynamique et la stabilité. L’étude visait à caractériser la structure et le régime thermique afin de savoir si le glacier était tempéré (à 0°C) ou « froid » (à température négative) : les mesures de températures (forages) ont montré que le glacier est « froid ». Une étude reste à conduire  pour savoir si et quand est-ce que cette zone glaciaire pourrait devenir tempérée dans le futur. Elle devra être basée à la fois sur des observations et des modélisations numériques.